Home / CHRONIQUES / BODY COUNT – BLOODLUST (Century Media Records) 

BODY COUNT – BLOODLUST (Century Media Records) 

Mené par Ice-T, le groupe rap metal légendaire est de retour en force avec « Bloodlust » leur dernier opus. Leur précédent, « Manslaugther » était fort appréciable, mais ce n’est rien en comparaison avec leur nouvelle offrande. Mais d’abord un peu d’histoire.

BODY COUNT a vu le jour en 1990 alors que Ice-T, un rappeur professionnel depuis le début des années ’80, décide de former un groupe heavy metal. Ice-T explique d’ailleurs l’origine du groupe sur la chanson « Raining in Blood/Postmortem » de l’abum dont nous faisons présentement la critique. En gros, il raconte qu’il voulait mettre sur pied cette formation afin que son ami Ernie C puisse mettre à profit ses talents de guitariste. De plus, ayant été en Europe et assité à plusieurs festival metal, il savait très bien que les fans ne faisait pas de mosh pit pour du hip-hop. Il s’inspira donc de trois groupes pour créer le son de BODY COUNT. Tout d’abord, BLACK SABBATH pour le côté doom. Ensuite, SUICIDAL TENDENCIES pour l’aspect plus punk et également pour l’attitude de Venice en Californie. La dernière influence est celle de SLAYER pour la vitesse et la précision. Ice-T mentionne d’ailleurs qu’il s’agit de l’un de ses groupes favoris et le restera toujours. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il reprend « Raining Blood » dans son entièreté. En conlusion de la pièce, le groupe fait un mix avec la finale de « Postmortem » et c’est Vincent Price (le bassiste du groupe et non l’acteur décédé!) qui s’occupe du vocal pour les deux couplets finaux.

Aucun album de BODY COUNT n’a eu plus de visibilité que leur premier album éponyme. Et cela en raison de la chanson « Cop Killer ». Celle-ci ayant été décriée par les forces de l’ordre comme prônant l’apologie du meurtre d’officiers de police. De la pure hypocrisie si vous désirez connaître l’opinion de l’auteur de ces lignes. D’autres titres étaient pourtant très limites. « Evil Dick », sans être une incitation directe au viol, naviguait dans des eaux troubles et n’aurait pas pu être en lice pour un prix sur la condition de la femme. Pourtant, personne n’en a rien eu à foutre. Ice-T décida lui-même de retirer la chanson « Cop Killer » de l’album pour les éditions subséquentes et de la remplacer par « Freedom of Speech ».

Le nouvel album s’ouvre avec la pièce « Civil War ». Cela donne le ton. C’est d’ailleurs Dave Mustaine qui fait la voix narrée d’entrée de jeu. C’est une chanson sur la possibilité d’une guerre civile aux États-Unis. Compte tenu de tout ce qui se passe en ce moment, c’est un scénario qui n’est peut-être pas si fictif que cela. Le maître d’œuvre de MEGADETH fait aussi un solo bien senti sur le morceau. Quiconque connaît un peu le bonhomme indentifiera immédiatement sa signature. En fait, il se copie lui-même. C’est délibéré et de bonne guerre.

L’apparition de Mustaine sur la galette n’est que l’une des collaborations de l’album. Sur « All Love is Lost » c’est Max Cavalera qui se prête au jeu et sur « Walk With Me… », il s’agit de Randy Blythe. Ce qui est intéressant avec ces pièces, c’est que ce ne sont pas des apparitions légères. Ces trois morceaux sont conçus dans le style des artistes. Ce n’est pas dissonant; c’est absolument juste, excessivement agréable et parfaitement réussi. Sur « Civil War » on retrouve une critique gouvernementale et un aspect conspiratonniste souvent traité dans les chansons de MEGADETH. Sur « All Love is Lost » des rythmes tribales apparaissent ici et là et Max s’égossille aussi bien que s’il chantait sur « Roots ». Quant à lui, Blythe prend le contrôle pratiquement complet de la pièce sur laquelle il est invité, Ice-T ne faisant que des incursions durant les refrains. Avec son vocal, impossible de ne pas associé le morceau à LAMB OF GOD.

Rien n’est léger sur l’album, outre la reprise de Slayer. Tout est excessivement sérieux, ce qui n’est pas l’apanage habituel des albums de BODY COUNT. Sur « Manslaughter », il y avait plusieurs compositions rigolotes qui détendaient l’atmosphère. Pour en évoquer quelques-unes, « Institutionalized 2015 », « There’s a Bitch in The Pit » ou encore « 99 Problems BC ». Sur « Bloodlust », il n’y a que du dur. Lors des 3 dernières années, le climat à beaucoup changé dans le monde et ça se sent. Ice-T ne veut plus faire rire. Il veut secouer et conscientiser. Plus qu’il ne l’a fait au paravant.

Toutefois, il y a quand même quelques bémols. « Here I Go Again » est plus douteuse et s’engage sur un sentier boueux qui ne questionne rien, mais qui raconte une banale histoire de tueur. Celle qui est par contre la plus troublante est « The Sky Mask Way ». Le récit de types qui font leur gagne pain à coups d’invasions de domicile. Il n’y a pas de morale; il n’y pas de leçon; il n’y a que la violence et le mépris d’autrui pur. Musicalement, c’est définitivement celle qui a le plus de groove et de bagou de tout le disque. C’est donc doux amer. On se laisse entraîner par la musique, mais on ne peut se laisser totalement aller en raison du thème.

À plusieurs occasions, Ice-T traite bien sûr de la situaton des noirs et de la vie dans le hood. Dans « This is Why we Ride », il tente d’expliquer le pourquoi de toute la criminalité qui sévit dans les quartiers pauvres de L.A. « God, Please Believe Me » est une prière qui se veut une demande de rédemption pour toute les actions désespérées accomplies dans les ghettos.  « No Lives Matter » est la plus percutante. Elle traite du mouvement Black Lives Matter et Ice-T nous présente son point de vue en introduction. C’est articulé et intelligent. En conclusion, et selon lui, aucune vie n’a d’importance pour le pouvoir en place. En fait quand il s’agit de pauvre, tout le monde se fout complètement de la valeur de leurs existences.

La chanson titre est un questionnement sur la fascination de l’humain pour la violence. Ce n’est pas très approfondi, mais c’est tout de même honnête. Il n’y a que des questions et pas véritablement de réponses.

« Bloodlust » est sans contredit le meilleur album de Body Count. Ce n’est pas celui qui fera le plus de bruit, mais c’est le plus abouti musicalement et il est très additif. Un must pour les fans de première heure et un album à tenter pour ceux qui ne connaissent pas ce groupe culte.

Steeve Lapointe

Correspondant Montréalais.

Track Listing

1. Civil War

2. The Ski Mask Way

3. This is Why We Ride

4. All Love is Lost

5.  Raining in Blood/Postmortem

6. God, Please Believe Me

7. Walk with Me…

8. Here I Come Again

9. No Lives Matter

10. Bloodlust

11.Black Hoodie

***********

Musiciens du Groupe

Ice-T – Voix (Depuis 1990)

Ernie C. – Guitare (Depuis 1990)

Sean E Sean – Sampling (Depuis 1990)

Vincent Price – Basse (Depuis 2001)

III Will – Batterie (Depuis 2009)

Juan of the Dead – Guitare Rythmique (Depuis 2013)

Musiciens Invités

Dave Mustaine – Voix Narrée et Solo sur « Civil War »

Max Cavalera – Voix sur « All Love is Lost »

Randy Blythe – Voix sur « Walk With Me… »

 

>Site web : BODY COUNT<

>Facebook : BODY COUNT<

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Check Also

ALESTORM – No Grave But The Sea

Ahoy ! Tout juste après la sortie du dernier volet de Pirates des Caraïbes au ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Close