Home / INTERVIEWS / Entretien avec Julien et Jérémy du groupe 7 weeks au Hard Rock Café (Paris)

Entretien avec Julien et Jérémy du groupe 7 weeks au Hard Rock Café (Paris)

7 weeksRencontre avec Julien (chant) et Jérémy (batterie) du groupe 7 weeks, dont le 4e album « A Farewell to Dawn » est sorti le 21 octobre.

Pouvez-vous faire une bio rapide du groupe pour les lecteurs de Furieux ?

Julien : 7weeks existe depuis 2006, on a réalisé 4 albums et 2 Ep, tourné en France et en Europe, dans des festivals comme le Hellfest, le printemps de Bourges, le Metal Hammer Fest en Angleterre ou Rock for People en République Tchèque. Notre nouvel album « A farewell to dawn » sort le 21 octobre.

Comment avez vous évolué depuis les débuts du groupe ?

Julien : Au début on était vraiment catalogués stoner et metal, l’album du ciné-concert a cassé ça, ensuite on a fait d’autres choses.

Jérémy : Le ciné concert c’est un peu l’occasion qui a fait le larron parce qu’on ne s’est pas mis de limites au niveau de la composition. Sur un film d’une heure et demi, tu ne peux pas être à fond tout le temps, tu es forcément obligé de nuancer plus ton propos. Ça nous a donc ouvert d’autres univers, d’autres portes, d’autres ambiances, d’autres textures de sons. On a ensuite développé ça sur Carnivora et affirmé encore plus notre style.

Pourquoi avoir choisi ce style de musique ?

Julien : On a pris une grande tarte avec Queen of the Stones Age au début des années 2000. A la base je suis métalleux puis je me suis tourné vers d’autres choses tout en continuant à écouter du metal mais j’attendais quelque chose sans savoir quoi. Je n’avais pas trouvé mon compte avec Nirvana ou les White Stripe. Queen of the Stones Age c’était le truc que je voulais, quelque chose de lourd, de très gras, très heavy et en même temps ultra mélodique avec une douceur héritée de la pop anglaise des années 60. Ça a été un déclencheur pour moi. A partir de là, je me mets à composer et je rencontre Jeremy.

Quand on a un gros coup de cœur comme ça et qu’on se met à composer, on n’a pas trop tendance à copier ?

Julien : Si. Au début tout était copié. Mais c’est clairement assumé. J’adore lire les biographies des groupes et les interviews et tous les grands groupes disent que quand tu commences tu copies les maîtres, tu fais de la route, tu fais des concerts et quand tu as pris 4 ou 5 années dans la tronche, là tu commences à créer ta propre identité.

Aujourd’hui on n’est plus catalogués « stoner ».

Vous êtes catalogués dans quel style ?

Julien : J’en sais rien. « Post stoner ».

Jérémy : nous on préfère dire «massive rock ».

Quels sont les thèmes de vos chansons et qui compose ?

Julien : C’est assez sombre. Je compose la musique et la plupart des textes, ensuite je vois ça avec Jeremy, on est le binôme d’origine dans le groupe. On a composé et enregistré le dernier album tous les deux après avoir décidé de se poser, d’arrêter un peu les concerts pour entrer dans un phase de composition.

Sur « January » il me semble qu’il y a par moment une sonorité orientale, est il question de Charlie hebdo dans ce titre ?

Julien : « January » ne parle pas de Charlie Hebdo mais des réactions des gens aujourd’hui, notamment sur les réseaux sociaux, face à des événements ultra importants, ultra graves. Les gens disent n’importe quoi juste pour dire quelque chose. Le titre « January » est clairement une référence à Charlie Hebdo, le texte beaucoup moins et le clip, sorti aujourd’hui, parle plus de l’image, du fait d’être tributaire de son image. Avec Jérémy on suit beaucoup l’actualité et on est effarés de voir le nombre de personnes qui ouvrent leur gueule pour ne rien dire, juste parce qu’il est possible de dire quelque chose et pour être en avant pendant 30 secondes, 5 minutes. Quand tu vois les posts sur Facebook, des mecs qui écrivent des pages que personne ne lit en se prononçant sur ce qui se passe un peu partout. January parle des réactions à chaud, les plus dangereuses. On ne juge pas et on ne se lance pas dans une croisade quand on est émotivement concerné. Sinon on créé des guerres, la distance, le rejet.

Le 7 éme titre de l’album qui se nomme « Kamikaze » a-t-il un lien avec les attentats parisiens ?

Julien : Ce morceau a été écrit bien avant les attentats de Paris. Je suis tombé par hasard sur un film japonais, « Le dernier kamikaze », et il m’a inspiré de titre là. Ça parle d’un kamikaze japonais qui a échoué dans sa mission, ne s’est pas écrasé, devenant ainsi une sorte de honte sociale et familiale. Le film raconte les recherches de ses petits enfants pour savoir pourquoi leur grand père a fait ça. Et ça m’a inspiré ce texte là.

Quelles sont ces « voix cassées » (Broken voices) que tu évoques dans le 5ème morceau de l’album ?

Julien : C’est beaucoup plus abstrait. Généralement les morceaux les plus heavy, les plus riffs, les plus classiques, ont des textes qui se collent par dessus la musique, donc des choses plus libres d’interprétation, c’est moitié fantastique, ça pourrait être quelqu’un qui entend des voix à la radio, qui est défoncé, c’est plein de choses. Ça peut être aussi quelqu’un qui est complètement perdu, dans un vaisseau spatial par exemple, et qui entendrait des bribes de messages à la radio. Pas de sens particulier si ce n’est qu’il y a des mots qui sonnaient bien et que je voulais garder. Les textes sont écrits après la musique. Pour January, The ghost besides me, Kamikaze, les textes étaient écrits avant la musique et c’est plus intéressant. Ce sont les morceaux les plus singuliers.

L’album comporte 9 titres dont 2 instrumentaux, c’est assez court non ?

Julien : Ces 9 morceaux sont assez différents les uns des autres et il y avait un équilibre entre les 9 qu’on a cherché à ne pas briser donc sans rajouter des choses. Ça fait tout de même 34 minutes de musique.

L’album a été enregistré au studio Sainte-Marthe à Paris avec Francis Caste. Pourquoi ce choix ?

Jérémy : Parce qu’on avait entendu parler de lui.

Julien : les mecs de Klone, un groupe de Poitiers, qui sont des copains, ont mixé leur dernier album chez lui et nous ont vivement conseillé de bosser avec lui.

Qu’est ce qu’il a apporté à l’album ?

Julien : Réalisation et production. On savait qu’avec lui on aurait un gros son très US, des grosses batteries et en plus il a fait de la réalisation sur les voix et les guitares, il m’a donné beaucoup d’idées de placement de chant que j’ai dû changer en studio pour le bien des morceaux, des idées de voicing, de doublage de voix. On a vu quand même pas mal de mecs en studio travailler sur nos morceaux mais lui il fait tout. Il est en train de faire les prises, il est déjà à moitié dans le mix, il fait le mix il est déjà dans le mastering, il pense à plein de trucs, il fait du puzzle. Il va me faire faire 6 prises de voix, 6 prises de guitare et puis après il arrange ça, c’était une super expérience, on s’est en plus hyper bien entendus.

7weeks

L’album sort après-demain. Une release party de prévue pour l’occasion?

Julien : On en fait une à Limoges au mois de novembre. Là on a quelques dates cette semaine, d’autres en décembre dont une à Paris le 9 décembre au Petit Bain et ensuite en 2017, on aura une plus grosse tournée mais la release party c’est chez nous, avec les copains.

Comment travaillez-vous pour adapter l’album à la scène, notamment au niveau des arrangements de la voix ?

Julien : On ne cherche pas à recréer forcément tout ce qui est sur l’album parce que c’est beaucoup de prod et on est totalement contre jouer sur bandes. On a par exemple des patterns qu’on lance mais on joue par-dessus, pas d’ordinateur avec les voix enregistrées, c’est naze et pourtant de plus en plus fréquent. On adapte. Par exemple, dans « January » il n’y a pas de basse en studio donc sur scène on adapte le morceau avec une basse. Je trouve ça intéressant qu’il y ait des versions studio et des versions live.

Jérémy : le but est d’arriver à recréer l’ambiance du morceau en live, après la manière dont tu le fais, c’est moins important.

Julien : une bonne chanson, si elle est bien ficelée, tu la fais passer d’une manière ou d’une autre. C’est compliqué. Le vrai travail est là. Composer un album et l’enregistrer c’est du travail mais il faut juste avoir une rigueur, être professionnel dans l’exécution en studio. La composition c’est de la recherche, la scène c’est le vrai travail du musicien, réussir à adapter les morceaux pour la scène c’est très différent.

A quel moment vous travaillez cette partie là ? Lorsque l’enregistrement est fini, vous vous mettez à travailler les morceaux pour la scène ?

Jérémy : là, comme on a enregistré à deux, forcément on a fait ça puisque avant on n’avait jamais joué les morceaux en groupe avant de les enregistrer. Pour l’enregistrement, on faisait un coup guitare-batterie, un coup basse-batterie, un coup enregistrement du chant par dessus, ça n’a pas été travaillé en groupe. On a donc fait le travail d’adaptation pour la scène après. On a deux nouveaux membres, Gérald à la guitare et PH au clavier, guitare et chœurs.

Vous n’auriez pas préféré les avoir pour l’enregistrement ? Vous trouviez que c’était plus simple à deux ?

Julien : On voulait vraiment le faire tous les deux. C’était une volonté. On s’est dit, on est les deux seuls à être là depuis le début, on se concentre et on fait quelque chose tous les deux, on ne doit rien à personne, on sort notre disque et après on verra ce qu’on fera.

Jérémy : on a collaboré sur 3 titres avec Shanka, le guitariste de No One Is Innocent. Il a fait des programmations et des claviers. On avait déjà bossé avec lui sur 3 albums donc il connaissait aussi l’histoire du groupe, c’était plus facile de collaborer avec lui.

Il y a un titre de l’album dont vous êtes particulièrement fiers ?

Julien : Je suis très content de la globalité de l’album, je trouve que c’est très riche, assez osé. On a réussi à mélanger tout ce qu’on savait faire et en plus, le son le rend très agréable à écouter donc je suis très content. Un titre qui me parle le plus parce qu’il est très personnel, c’est « The ghost besides me ».

Quand tu dis que « The ghost besides me » est très personnel, tu entends quoi par là?

Julien : « The ghost besides me » parle de l’inspiration. L’inspiration c’est comme si j’avais quelqu’un à côté de moi. Alors j’amplifie la réalité et ça devient un fantôme, une histoire un peu étrange. L’inspiration est pour moi autant une chance qu’une malédiction parce que comme j’écris que des choses tristes, pesantes, des fois c’est lourd à porter.

Pourquoi avoir choisi d’écrire vos textes en anglais plutôt que en Français ?

Julien : J’ai pensé à écrire en français mais ça ne va pas avec notre musique. Le chant de Kemar de No One, par exemple, est une diction très différente de la mienne. Moi je suis dans une diction musicale d’abord et je dois trouver des mots qui vont avec cette diction musicale et comme je n’ai quasiment toujours écouté que de la musique anglo-saxonne, je n’ai pas cette culture un peu scandée du français, la seule pour faire passer le français en rock sinon c’est mièvre. Ou alors il faut être vraiment très adroit comme Bertrand Cantat peut l’être mais là on tombe dans encore autre chose. Je n’ai d’autre choix que de chanter en anglais avec notre style de musique mais ça limite les textes.

Si j’écrivais des textes en français, je pense que je les revendiquerais beaucoup plus parce que je sais qu’ils seraient bien écrits, je sais que ça serait vraiment pertinent, que ce serait exactement ce que je veux dire.

Qu’est-ce que tu aurais envie de dire à mon rédac chef qui pense que votre album est à la limite de la lignée de Furieux « site des musiques extrêmes » ?

Julien : La meilleure réponse je l’ai eue ce matin d’un métalleux extrême qui m’interviewait pour un webzine, qui m’a dit écouter beaucoup de black metal, hyper dépressif et retrouver les mêmes sentiments dans notre musique même si elle est différente. Et quand on a joué au Hellfest, c’est Neurosis qui clôturait la journée sous la Valley, on est allé les voir avec un pote qui m’a dit après « Ça m’a fait penser à plein de choses de chez vous » alors que musicalement 7 weeks n’a rien à voir avec Neurosis. Il m’a dit ressentir des choses similaires. Moi je ne les ressens pas mais certains trouvent des similitudes d’émotion plus que des similitudes de style musical.

Je vous laisse le mot de la fin ?

Julien : on est contents parce que l’album provoque des questions intéressantes.

Jérémy : il y a un réel intérêt pour cet album autant sur la forme artistique de la musique que de l’artwork.

Merci à Julien, Jérémy et comme d’habitude à Roger Weissier de Replica Promotion de rendre ces échanges possibles.

Cat

Check Also

Interview de Baptiste, guitariste de Smash Hit Combo.

Plus besoin de présenter Smash Hit Combo, groupe alsacien formé en 2004, alliant rap, metal ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Close