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Les Fêtes en Enfer! – Mononc’ Serge et Anonymus à Montréal

Mononc’ Serge et Anonymus, Club Soda, Montréal, QUÉBEC

Avec Carotté

Jusqu’à maintenant nos Live Reports ont fait l’objet de têtes d’affiche qui étaient tout sauf québécoises. Il y avait bien en première partie, ici et là, des groupes locaux, mais jamais ils n’étaient les fers de lance de la soirée. C’est donc pour la première fois que nous vous offrons une mouture purement issue du terroir metal québécois. Avec  Mononc’ Serge, ça ne pouvait mieux démarrer. Étant donné que vous n’êtes pas familier avec ces artistes de ce côté de l’Atlantique, nous vous brosserons un profil biographique; histoire de mettre les choses bien en place. Et dans votre intérêt, sachez cousins français que Mononc’ Serge débutera une  tournée en France et en Belgique le 18 janvier prochain à Arlon. Quatre de ses dates seront avec Nicolas et Andreas qui fêtent leurs 10 ans. C’est ainsi que les acolytes seront ensemble à Bruxelles, Paris, Auxerre et Nantes. Mononc’ visitera aussi Nancy, Meisenthal, Val d’Ajol et Angers.

Un peu d’enseignement d’abord. Mononc’ est la contraction de mon et oncle. C’est à peu près l’équivalent de tonton pour vous là-bas.

Mononc’ Serge sévit depuis quelques décennies sur la scène musicale québécoise. Il a, entre autre, été le bassiste du groupe Les Colocs qui était l’un des plus populaires ici  durant les années 90. L’Oncle décide de quitter Les Colocs et s’embarque dans divers projets avant de décider de faire carrière solo pour de bon vers la fin de la même décennie. Il ne regardera plus jamais en arrière et son succès ira en grandissant à chacun de ses nouveaux albums. La musique de Mononc’ Serge est très diversifiée. Ça va du rock au punk en passant par le country avec incursion dans un  style plus chansonnier et bien sûr, ça met un accent lourdement prononcé sur le metal. Ses textes sont à la fois intelligents, extrêmement vulgaires et joyeusement humoristiques. Il fait de la parodie et il écorche tout le monde au passage. C’est ainsi que, par exemple,  Celine Dion et toute sa famille sont malmenés sans vergogne dans la chanson Maman Dion. Les saveurs locales y passent presque toutes. Personne, ne serait-ce un peu connu au Québec, ne s’échappe sous les tirs de la carabine musicale de Serge Robert (de son véritable nom).

Anonymus est un groupe metal québécois pur jus. L’ensemble existe maintenant depuis 27 ans. Trois de ses quatre membres fondateurs sont toujours de l’aventure et résistent à toutes les intempéries. Oscar Souto est au chant et à la basse, son frère Daniel Souto à la guitare et Carlos Araya sévit derrière le kit de drum. Pendant 17 ans Marco Calliari était l’autre chanteur et guitariste de l’ensemble. Il a quitté le groupe en bon terme en 2006 pour mener une carrière solo dans un style musical n’ayant rien à voir avec le metal.  C’est Jef Fortin a pris la relève comme second axeman. Même si Anonymus est fondé en 1989, les métalleux n’endisquent leur premier album qu’en 1994. À sa sortie, Ni Vu, Ni Connu est apprécié aussi bien des fans du genre que de la critique. Depuis, le quatuor, à fait paraître 7 disques et a inlassablement tourné. Au Québec surtout, mais également aux États-Unis, au Mexique, en Belgique, en Suisse et en France – ils y sont d’ailleurs passés en 2016. Anonymus fait des chansons en français, en anglais et même quelques-une en espagnol.

En 2003, Mononc’ Serge a l’idée de s’associer avec Anonymus pour réarranger certains de ses morceaux les plus populaires afin de leur donner une touche brutale et pleinement métallique. De plus, les collaborateurs pondent ensemble 5 toutes nouvelles chansons. L’album L’Académie du Massacre voit le jour et c’est la consécration  instantanée. À l’époque, leur effort devient le plus grand succès de la musique indépendante de l’histoire du Québec. Les gars vont supporter cette sortie avec une tournée acharnée de 18 mois.

Fort de cette gratification, ils remettent ça en 2008 avec l’album Musique Barbare. Cette fois, toutes les chansons du disque sont originales. Et à nouveau, cette galette fait mouche. Une tournée s’en suit et elle est aussi réussite que la précédente.

Depuis, Mononc’ Serge et Anonymus ont repris leurs routes respectives. Le premier ayant fait paraître 3 albums studio et 1 live et les seconds 2 albums studio et 1 Best of.

À l’automne 2016, les musiciens annoncent qu’ils s’uniront à nouveau, mais seulement pour une courte tournée de 5 spectacles en décembre. Ils en profitent pour sortir le simple Les Fêtes en Enfer et le vidéoclip qui l’accompagne.

C’est donc en ce vendredi froid et neigeux que nous entrons au Club Soda. L’endroit craque de gens. Le spectacle affiche complet et on se demande s’il n’y a pas trop de monde pour la capacité de la place qui peut accueillir un millier de personnes. Les propriétaires de l’endroit ont voulu engranger quelques dollars de plus en ne plaçant pas assez de personnel derrière les seuls deux bars. Une idée plutôt merdique. La barmaid avec qui nous commerçons à de la broue dans le toupette (expression locale qui signifie être totalement débordé ou encore être pressé dans le temps). Quand nous tentons d’avoir quelques mots compatissants pour elle, sa réaction n’est pas des plus sympathique et dans sa précipitation elle répand une partie de notre breuvage sur le comptoir déjà poisseux. À 7$ le verre, c’est plutôt frustrant, car chaque goutte compte! Mais nous ne nous laissons pas démoraliser par si peu et c’est tout de même d’humeur joyeuse que nous nous installons pour assister à la première partie du spectacle.

Le seul groupe qui précède Mononc’ Serge et Anonymus est Carotté. Encore une fois, il s’agit d’un mot typiquement de chez nous qui signifie « à carreaux » et que l’on utilise pour designer, la plupart du temps, une chemise… à carreaux. Et des vêtements carottés, tous les membres de la formation qui se présentent devant nous  en portent. Le genre qu’ils font est un mélange de musique traditionnelle québécoise et de punk. Le titre de leur premier album dit tout : Punklore et Trashdition. C’est festif à souhait et, en ce 30 décembre, c’est totalement pertinent. Il y a bien sûr un chanteur, un bassiste, un guitariste et un drummer, mais également un violonneux (encore du langage de terroir qui signifie violoniste, mais qui adopte une façon très folklorique de jouer). Sur certaines pièces, il y a du banjo, de la mandoline et de la guimbarde. Le moment fort de leur set est lorsque Vincent Peake se présente sur scène. Il s’agit du bassiste chanteur du groupe culte québécois Groovy Aardvark. Ce n’est pas étonnant, car le bonhomme à aussi réalisé le disque de Carotté. Tout d’abord, Peake donne un coup de main à la voix pour interpréter une chanson de Carotté. Ensuite, il s’approprie l’instrument du bassiste et s’installe au micro. Il introduit le prochain morceau; celui que tous attendaient. La mythique Boisson d’Avril de Groovy Aardvark. La basse est complètement poussée en avant et ça sonne en tabarnak! La place est en feu, la foule est en liesse, c’est le gros party! Peake sort sous les acclamations des auditeurs; Carotté offre une dernière pièce et ils quittent la scène.

À peine une vingtaine de minutes plus tard, tout est prêt pour accueillir Mononc’ et Anonymus. Les gars investissent les planches vêtus de leur uniforme de Noël, le même qu’ils revêtent dans leur plus récent clip ci-haut. Au lieu d’entamer une chanson immédiatement, l’Oncle met plutôt les choses en place avec une déclamation violente et dramatique. Le Père Noël est mort et la guerre se prépare dans son royaume. Qui sera celui, celle ou ceux à succéder au défunt énergumène à la barbe blanche? La Fée des Étoiles? La Mère Noël? Les Lutins? Rapidement, le féérique endroit est mis à feu et à sang. Mais ne vous détrompez pas, ceux qui s’assoiront sur le trône ce sont l’Oncle et ses 4 quatre comparses métalleux. Après cette déclaration de guerre à la Game of Thrones, les lurons sataniques débutent, bien sûr, avec Les Fêtes en Enfer.

Ils enchaînent aussitôt avec Les Patates. Un des plus grands succès de Mononc’ Serge. Malheureusement, et comme c’est le cas dans 75% des spectacles auxquels nous assistons, le son de la voix est extrêmement décevant. Tous les autres instruments sont clairs et bien mixés, mais Mononc est difficile à entendre. Or c’est un peu con quand c’est justement ses textes que l’on est venu, en grande partie, apprécier. La performance est tout de même au rendez-vous et les gars donnent tout ce qu’il leur reste d’énergie. C’est la dernière date de cette mini tournée et après ils savent qu’ils pourront profiter d’un repos bien mérité.

Le clou de la soirée – à notre humble avis – demeure une reprise. Nous devons spécifier qu’à la fin des années 80’ Mononc’ (qui n’était que Serge Robert à l’époque) avait un groupe hommage à Kiss qui s’intitulait tout simplement Hommage À Kiss. On ne peut pas être plus clair. Toutefois, l’originalité de cette formation était que les paroles étaient traduites en français ou si vous préférez en québécois. Depuis, nombreux sont les fans de Mononc’ qui lui demandent d’interpréter des chansons d’Hommage à Kiss dans ses spectacles. La plus populaire étant Rigaud Ville de Rock (Detroit Rock City) et c’est celle que réclamaient les amateurs. L’Oncle a toujours résisté à ces sollicitations répétées, mais pour la présente tournée il fait une exception. Par contre, c’est plutôt Liche Moé Ça qu’il décide d’offrir à la foule. C’est la reprise de Lick It Up. En vrai bon français digne et respectable, ce serait Lèche-Moi Ça. C’est complètement débile et hilarant. Cette stupide ritournelle nous restera dans la tête pendant plusieurs jours.

Comme c’est toujours le cas dans les spectacles de Mononc’ Serge et Anonymus, le groupe interprète au moins une chanson d’Anonymus. Dans le cas présent c’est l’excellente Un Pied dans la Tombe. Se produit alors quelque chose dont nous n’avions jamais été témoin : Serge accompagne les gars à la guitare. Le bonhomme est multi-instrumentiste, mais on se demande si, ici, ce n’est pas simplement du « Air Guitar » quoique les doigts donnent l’impression de suivre. Mystère… Quand nous en aurons l’occasion, nous poserons la question personnellement à l’Oncle.

Pour le reste, rien de vraiment nouveau. Les gars jouent près d’une vingtaine de morceaux dont Mourir pour le Canada, Le Rejet, Je Chante pour les Morons, Un Clown pour Grand-Papa, L’Âge de Bière, Marijuana et Musique Barbare. C’est lors du dernier et deuxième rappel que la bande termine la soirée avec Fourrer, l’un des morceaux les plus salaces de l’histoire de la musique québécoise. Oreilles chastes s’abstenir!

Nous avons vu Mononc Serge en solo et avec Anonymus à un nombre incalculable de reprises. C’est toujours un plaisir de renouer avec ce charmant imbécile. Cette soirée n’était probablement pas la plus mémorable de l’Oncle, mais elle était agréable et nous n’hésiterons pas une seule seconde à revoir cet artiste de la décadence et cela peu importe la formule : en solo, en trio, en Big Band, avec l’Orchestre Symphonique ou encore avec Anonymus. Public français, même si la langue qu’il pratique n’est pas exactement la vôtre, passez par dessus vos appréhensions et allez encourager l’homme lorsqu’il arrêtera près de chez vous ce mois-ci. Et, si le cœur, vous en dit, donnez-nous en des nouvelles1 Je suis certain que vous allez vivre un câlisse de criss de sacrement de tabarnak de bon moment!

Steeve Lapointe

Correspondant Montréalais

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