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GROS THRASH QUI TACHE! POWER TRIP et IRON REAGAN à Montréal

Aux Foufonnes Électriques

Avec CELL et WILD SIDE

Cette soirée fut mémorable à plusieurs égards. Et pas que pour des raisons positives…

En cette Journée Internationale des Droits de la Femme, le tout commence avec le groupe CELL. Le quatuor est mené par une petite chanteuse vêtue entièrement de noir avec des cheveux blonds/blancs courts et arborant une tuque genre matelot. Sa voix, sans particulièrement être extra puissante, est tout de même en mesure de supporter les gros riffs simples du guitariste. Musicalement, ça vacille entre le thrash et le hardcore. La jeune femme semble plutôt timide et elle ne bouge pratiquement pas. De plus, pendant tout le set, jamais elle n’aura aucune interaction avec le public. À la fin, elle ne lance qu’un thank you, mais en ne regardant personne, étant occupée à prendre sa bière avant de quitter la scène.

CELL semble un groupe fantôme allergique à la technologie. Impossible de trouver quelques informations que ce soit sur eux sur le net. Ni site web, ni page facebook. De plus, au kiosque de marchandise outre un t-shirt, ils vendent des cassettes audio…

La seconde formation nous vient du nord de l’Ontario. WILD SIDE propose un hardcore qui lui aussi est thrashy. La musique est efficace, mais ce n’est pas là où le bât blesse. Tout d’abord, le chanteur est vraiment antipathique au plus haut point. Cheveux en brosse militaire, énormes biceps et pantalons de camouflage. Un look qui se rapproche beaucoup de celui du redneck de base. Si sur scène ça nous paraît louche, c’est dans le mosh pit que le pire nous attend. Dès que le quintette entame les premières notes, de joyeux imbéciles se mettent à faire du « karaté ». S’il y a quelque chose que l’auteur de ces lignes abhorre totalement, c’est bien cette attitude abjecte et nombriliste. Les gens qui sont extérieurs à la scène metal ne comprennent pas habituellement comment des personnes peuvent se rentrer dedans sur un plancher et comment, en plus, ils peuvent apprécier le tout. Mais, il y a des conventions et un respect mutuel. Une fraternité et une entraide. Quand quelqu’un tombe, on le relève, on ne le piétine pas. Et en temps normal on n’utilise pas ses bras et ses jambes pour frapper. Cette culture du moi-je me-fous-des-autres en battants des poings et des pieds, est à conscrire totalement. HAVOK – que nous avions vu il y quelques semaines –, vendait d’ailleurs des t-shirts avec la mention No Karate in the Mosh Pit. Pendant un instant et pour citer MONONC SERGE : « Je me demandais en sacrament qu’est-ce que je crissais dans cette foule ». Quand leur performance s’achève, nous ne savons plus trop à quoi nous attendre. Nous ne nous en doutions pas à ce moment, mais l’avenir prochain s’annonçait radieux…

C’est sans tambour ni trompette qu’IRON REAGAN investit les lieux. Pas de musique d’intro, pas d’effets de lumières. Bien au contraire, tout est allumé sur scène. Étant donné que nous ne les avons pas vus auparavant, nous ne savons pas très bien s’il s’agit de leur façon de faire habituelle. Au lieu de démarrer une chanson, Tony Foresta s’adresse plutôt à la foule. Il nous demande si l’on va bien et enchaîne en disant qu’ils ont eu un pépin à la frontière. Ils y sont passés à 17h (le spectacle avait lieu à 19h30) et les douaniers leur ont causé des problèmes. Le résultat n’a pas été des plus agréable, leur drummer Ryan Parrish n’ayant pas eu la permission d’entrer en sol canadien. Il est tristement resté en arrière. À ce moment les Américains, avaient un dilemme sur les bras : annuler leur performance ou se démerder pour imaginer un moyen de la présenter tout de même. Bien sûr, ils ont choisi la seconde option. In extremis, ils ont trouvé un fan d’IRON REAGAN qui connaissait à peu près les chansons. Le mec a eu environ 2 heures pour apprendre 4 ou 5 pièces.  Foresta donne le coup d’envoi et la foule s’anime. Cette fois, nous avons droit à un mosh pit « normal ». De la belle fougue et de la jolie violence déployée dans le plus grand des respects. Nous poussons un soupir de soulagement; afin, nos repères sont de retour.

La performance et le son sont impeccables. L’énergie aussi bien sur les planches que sur le parterre est tout bonnement incroyable. Il se passe quelque chose. Quelque chose de magique. Nous assistons à l’un de ces moments qui font que nous sommes fan de musique extrême. Le charisme de Foresta est indéniable. C’est définitivement un cool metal dude. Après les 4 premières pièces, Tony nous annonce qu’ils vont faire monter sur scène un autre batteur. Il demande aux spectateurs d’applaudir chaleureusement celui qui quitte les planches afin de le féliciter du superbe travail qu’il a fait. C’est l’acclamation pour ce héros de dernière minute. Le nouveau mec qui prend sa place est lui aussi un fan et il a mis 30 minutes pour apprendre ce qui suit. C’est alors que Foresta annonce que la prochaine est « Cycle of Violence ».  C’est la commotion dans la foule et ça commence à thrasher avant même que les premières notes soient entendues. Le défoulement est total. Musicalement, la fin est un peu décousue et le batteur a de la difficulté à terminer la chanson en harmonie, mais tout le monde s’en fout et les musiciens sont hilares.

Dès le que morceau s’achève, Foresta annonce déjà un nouveau changement et encore une fois tout en humour : «  For our last five songs, we will have another drummer.» Eh oui, une fois de plus l’improvisateur sort sous une nuée de cris d’encouragement et de satisfaction. Cette fois, celui qui prend la relève derrière les fûts n’est nulle autre que Chris Ulsh de POWER TRIP. Comme première pièce, les gars d’IRON REAGAN on choisit un petit réchauffement facile avec « You’re Kid’s an Asshole ». Sur album, avec l’introduction parlée de 5 secondes, elle dure au total 12 secondes. Ici, pas d’intro. On attaque directement la « chanson ». On a droit à la version de luxe fleuve, car les gars nous gâtent avec un 15 secondes bien senti. Ulsh a été dans la même position que les 2 batteurs/fans précédents; c’est-à-dire que lui aussi a eu à se démerder pour apprendre les 5 morceaux.  Il a beau tourner avec IRON REAGAN, cela ne veut pas dire qu’il connaissait assez bien les compositions pour les jouer. Il faut dire cependant qu’en moyenne leurs chansons durent 45 secondes et que la complexité n’est pas au rendez-vous. C’est du crossover thrash assez direct et sans fioriture. Alors que Foresta annonce qu’ils interprètent la dernière pièce, plusieurs personnes dans la foule scandent : Four More Years! Four More Years! Four More Years! Les fans ne parlent pas du mandat présidentiel de Trump, mais plutôt de la chanson du même nom. S’ils croyaient qu’il y avait la moindre chance qu’IRON REAGAN interprète cette dernière, ils étaient dans une illusion, croisée d’un rêve et d’un fantasme.  Elle dure 4 minutes. Ce qui est à peu près l’équivalent pour eux de « Rime of the Ancient Mariners » pour MAIDEN. Quoi qu’il en soit, avec l’absence de Ryan Parrish derrière le kit de drums, c’était impossible et en plus le quintette ne la fait que très rarement en spectacle.

Le tout se termine et le public est entièrement satisfait de se retournement de situation. Ce qui est plutôt sympa, car en tout nous avons eu droit à une dizaine de minutes de musique. Eh oui. Pas plus que ça! Mais franchement, c’était mémorable et pour une première, ça restera gravé à jamais. Déjà, le souvenir désagréable de la performance de WILD SIDE était oublié…

Photo – Renate Winter

Pour surpasser le moment incroyable que nous venions de vivre, POWER TRIP allait avoir beaucoup de boulot. Dès les premières notes de « Soul Sacrifice », l’impression ressentie est excessivement bonne. Ça tue carrément. Quand Riley Gale se met à chanter, nous sommes conquis. Sa voix est excellente. Beaucoup plus claire que sur les albums où on lui donne une voix d’outre-tombe mixée à celle d’un mec qui gueule dans une boîte de conserve. Tout de suite après, les Texans enchaînent avec « Executionner’s Tax (Swing of the Axe ) ». C’est sans aucun doute le meilleur morceau de leur dernier album « Nightmare Logic ». Le mosh pit est en totale furie. Tout comme pour IRON REAGAN, le tout est dans les règles de l’art. Les abrutis fans de WILD SIDE n’ont plus aucun moyen d’imposer leurs pratiques abjectes et stupides.

L’apothéose arrive en milieu de set avec « Heretic Fork ». La finale de cette chanson est un orgasme de breakdown thrash. Impossible de rester insensible à ce pur bijou. N’importe qui se prétendant fan de metal ne peut pas ne pas bouger avec cette attaque sonique qui s’en prend à ce qu’il y a de plus primitif en nous. Ça possède le cerveau reptilien. 1 minutes 30 de pure jouissance. Votre humble serviteur se laisse investir et c’est en faisant un windmill enragé qu’il parvient à se délester de cette fougue qui l’habite à l’écoute de cette ode à la brutalité. Quand on a plus d’un mètre de dreadlocks, ça fait des ravages et ça crée de l’espace…

La performance de POWER TRIP est courte, mais moins, bien sûr, que celle d’IRON REAGAN.  10 chansons et puis s’en vont. Pas de rappel. Ce n’est pas leur style. Et franchement, c’est aussi bien comme ça. Pas de bullshit. Pas de fausse mise en scène. Pas de mensonge.

Cette soirée nous a fait l’impression d’être dans la tête d’un bipolaire. Une moitié déprimante qui donnait le goût de s’enterrer et l’autre qui incitait à chanter un hymne à la vie. C’est bien sûr la seconde partie qui l’a emporté haut la main. POWER TRIP et IRON REAGAN (malgré que Ryan Parrish n’ait pas été de la partie) ont livré la marchandise. C’est sans l’ombre du soupçon du moindre infime doute qu’à leur prochain passage, nous serons là pour nous taper une autre bonne dose de gros thrash qui tache!

STEEVE LAPOINTE

Correspondant Montréalais

 

 

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