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Interview du groupe de Metal Extreme Symphonique Akroma

Rencontre avec les membres du groupe Akroma, Matthieu Morand (guitare, orchestrations),  Alain « Bob » Germonville (chant) et Pierre-Yves Martin (basse), dont le 4e opus « Apocalypse (Requiem) » est sorti le 12 mai.

Pourquoi avoir choisi d’associer metal extreme et metal symphonique ?

Matthieu : Si des groupes comme Dimmu Borgir et Cradle of Filth font de l’extrême symphonique, en France, je pense qu’on est parmi les seuls. C’est l’évolution de la musique d’Akroma qui s’est faite comme ça. Au départ on était juste avec un synthé sur le premier album, sur le 2e on a commencé à travailler avec des orchestrations un peu plus étoffées et au fil du temps j’ai voulu encore développer ce côté orchestration donc je me suis complètement affranchi du clavier. Je n’avais plus un claviériste attitré mais juste des orchestrations qui ont été de plus en plus importantes et à partir du moment où je me suis affranchi d’un claviériste je pouvais faire ce que je voulais. Si j’avais envie de faire en même temps des cuivres, des chœurs, de l’orchestre à cordes, de la flute, je pouvais le faire.

Tu pouvais le faire pour un enregistrement en studio mais pour la scène ?

Matthieu : On ne fait pas de scène avec Akroma.

Du tout ? On ne vous verra jamais sur scène ?

Matthieu : Non jamais. L’aboutissement d’Akroma n’est pas la scène, c’est l’œuvre musicale en tant que telle. Comme c’est impossible à restituer, on préfère ne pas le faire plutôt que de le faire à moitié.

Pouvez-vous raconter aux lecteurs de Furieux comment Dirk Verbeuren de Megadeth s’est retrouvé derrière la batterie pour ce dernier opus ? La batterie a été enregistrée au Die Crawling studio à Los Angeles, tout s’est fait à distance ?

Matthieu : On connaît Dirk Verberen depuis plus de 20 ans. En 2015, lors d’une rencontre pendant un concert de Soilwork, on a discuté de la possibilité de faire cet album et puis on ne s’est pas revus entre temps, on a eu beaucoup d’échanges par mail mais on ne s’est pas physiquement revus. Il a enregistré tout seul la partie batterie dans son studio à Los Angeles.

Parlez-moi un peu de la composition.

Matthieu : La composition instrumentale c’est moi qui m’en charge. C’est une phase assez longue qui peut prendre parfois plusieurs années parce qu’il y a un gros travail d’arrangement orchestral et une fois que j’ai fait toute la composition je l’envoie à Bob qui va écrire les textes d’après le concept qu’on a travaillé tous les deux en amont. Parallèlement, Pierre Yves va enregistrer ses basses puisque j’envoie mes compositions sans les prises basse donc il est libre de faire son interprétation. Avec Laura, la chanteuse, c’est pareil, je lui précise juste à quel moment elle doit intervenir et elle travaille chez elle, m’envoie des démos et ensuite vient chez moi à Nancy dans mon studio pour enregistrer la version définitive.

Qu’est ce qui vous fascine autant dans les thèmes bibliques ?

Matthieu : La bible est un livre plein d’histoires qu’on peut extrapoler, ça nous paraît une source, je ne dirais pas d’inspiration mais une source de concepts possibles qui peuvent être extrapolés. Sur les 7 péchés capitaux, le premier album, on racontait l’histoire d’un avocat qui doit vivre à travers les 7 péchés capitaux à un moment de sa vie, puis on a pris le thème des 10 plaies d’Égypte qui se déroule à peu près après les genèse au moment où Moïse conduit son peuple en dehors d’Égypte où les 10 plaies d’Égypte s’abattent sur le monde. On a extrapolé ça avec le dieu Seth qui revient sur terre pour se venger de ce qu’il a vécu 3000 ans plus tôt. On a ensuite imaginé un concept autour des apôtres et du dernier repas du Christ, toujours en extrapolant une histoire d’un homme qui est né d’une secte super extrémiste qui voulait recréer un messie et qui finalement, quand il arrive à l’âge adulte, décide de se mettre en quête des membres de cette secte et de les tuer de la même manière dont ils sont morts dans les évangiles donc ça nous a demandé un travail assez particulier sur les évangiles.

Le dernier opus évoque l’Apocalypse de Saint-Jean. Avez vous fait appel encore une fois à l’abbé Pierre Binsinger, consultant en théologie ?

Matthieu : Effectivement sur les grandes lignes de l’Apocalypse qui va au-delà de la simple lecture nous l’avons consulté. Parce qu’on avait envie aussi au départ de sectoriser en plusieurs morceaux puisqu’on a un attrait particulier autour du chiffre mais là on n’avait pas forcément réussi à extraire quelque chose de chiffré donc on est partis sur autre chose et là son intervention a été plus réduite que sur « La cène » pour lequel il y avait eu un travail très important de recherche dans les évangiles.

Vous l’avez rencontré comment ce prêtre ?

Pierre-Yves : Moi je l’ai connu avant qu’il devienne prêtre.

Matthieu : Moi aussi même s’il était déjà étudiant en théologie et très engagé dans le milieu religieux. Il a la particularité d’être un prêtre qui écoute du metal, il a d’ailleurs fait sa thèse de théologie sur l’influence biblique dans le metal, il était venu faire une interview d’Akroma à l’époque et c’est comme ça que je l’ai connu.

Pour la première fois vous avez choisi l’anglais pour le dernier opus, est-ce pour vous ouvrir à l’international ?

Matthieu : C’est exactement ça.

Composer en anglais sur des thèmes aussi « pointus » ce n’est pas plus compliqué ?

Matthieu : Disons que c’est plus synthétique. On avait envie d’aller vers quelque chose de plus synthétique. Bob a été plus concis dans ses idées, dans son histoire, dans le cheminement de l’album et comme son écriture est prosaïque, ni poétique ni en rimes, c’est plus simple. On a fait le test de l’anglais parce qu’avec le temps le groupe a gagné en notoriété et s’est un peu plus exporté.

Parlez moi un peu de la forme musicale choisie, le Requiem.

Matthieu : Laura Kimpe, la chanteuse, reprend le texte existant d’un requiem. Le requiem est une messe pour les morts. C’est une forme musicale déjà définie, tous les requiems ont la même base de texte et les messes de requiem ont toujours été chantées en latin et avec ce texte là. Que ce soit un requiem de Mozart ou de Verdi, c’est toujours le même texte.

Mais ce chant, ce requiem, vient à un moment précis du morceau ? Quel est son sens ?

Matthieu : A un moment précis non mais c’est relié à un concept global de la fin du monde. On s’est dit que la fin du monde c’est la mort d’un monde et qu’on pourrait faire une espèce de messe pour les morts avec l’idée que la terre étant une entité mortelle, on écrit un requiem pour la fin du monde. Donc le texte de chaque chanson est relié au texte de requiem.

« Apocalypse » évoque une Terre à l’agonie vivant ses dernières heures. Est-ce aussi un écho à l’actualité concernant la sauvegarde de la planète, très alarmiste ?

Matthieu : Tout dépend de son niveau de lecture. Mais ça peut être très résonnant par rapport à l’actualité effectivement. Chacun est libre d’y voir l’interprétation qu’il veut.

Votre album précédent « La Cène » était un opéra rock, projet très ambitieux, avec 12 chanteurs issus des meilleurs groupes de métal extrême interprétant les apôtres en donnant la réplique à Bob. Quelle est l’ambition du nouvel opus ?

Matthieu : L’ambition était de revenir à quelque chose de plus synthétique, de plus simple, de plus direct, de plus violent aussi peut-être, de plus malsain. On a essayé d’aller plutôt sans ces directions, de faire un album qui soit plus court, plus aéré, alors c’est assez paradoxal mais il y a moins de chant que par le passé donc plus de place à la musique. J’ai dû travailler davantage sur des ambiances, sur des orchestrations pour évoquer à un moment donné ce qui est le plus malsain, le plus violent. Ce qui est intéressant c’est qu’on est passé d’un truc avec plein d’invités à un truc sans invités. On évolue. On n’a pas voulu reproduire ce qu’on avait déjà fait.

Akroma abordera toujours des thèmes bibliques ?

Matthieu : Akroma sera toujours Akroma.

Le mastering a été réalisé par Flavien Morel, pouvez vous m’en dire un peu plus ?

Matthieu : Le mastering c’est l’ultime étape avant de faire fabriquer le cd. C’est bien d’avoir une oreille extérieure avant l’ultime étape. Même si rien n’a été revu ça permet de donner une couleur que nous n’avons pas forcément en tête. Quand il reçoit le mixage, Flavien est vierge de toute écoute alors que nous, après avoir écouté des centaines de fois, on n’a plus le recul nécessaire et puis ça permet d’uniformiser le son tout au long de l’album. On a déjà travaillé avec Flavien sur le 2e album, c’était lui qui était claviériste à l’époque.

C’est votre 2e sortie en collaboration avec le label Fantai’zic, qu’est-ce qui vous a convaincu de continuer l’aventure chez eux ?

Matthieu : C’est mon propre label (rires).

On retrouve dans le chant l’esprit de Dani Filth de Cradle of Filth. Hasard ou inspiration ?

Alain « Bob » Germonville, le chanteur (arrivé entre temps) : J’ai découvert le black metal avec Cradle. Quand j’écoute un album de qui que ce soit, il faut que j’arrive à faire ce que fait le chanteur, arriver au même timbre, à faire la même longueur de cri. Si j’y arrive je vais apprendre sa technique et ensuite l’utiliser à ma façon. Dans les premiers temps, la démo notamment, ça ressemblait quand même trop à du Cradle.

Mathieu : Le disque de référence qu’on a depuis le début c’est quand même « Dusk… and Her Embrace » de Craddle of Filth, pour moi l’essence du black sympho démarre avec ce disque. Il est arrivé à un moment dans la production musicale où c’était la course au gros son, c’était l’époque de Korn et tout ça, et là cet album arrive et tu as une densité, une théâtralité, que tu ne retrouves dans aucun disque de cette époque.

Bob : Et la théâtralité justement c’est ce qu’on aime. Il nous faut un concept par album, un début, un milieu, une fin, comme un film. Il faut que même les personnes qui n’écoutent pas de metal comprennent qu’il y a une histoire et pourquoi elle est interprétée de cette façon. Beaucoup de gens qui écoutent le 2e album me disent on a l’impression que le mec est hystérique. Je leur réponds que si tu as été emprisonné pendant 3000 ans, que tu reviens sur terre et que tu voies les mecs qui t’ont coupé en morceaux , c’est clair tu vas pas chanter comme Pascal Obispo. Tu arraches tout ! Avec Akroma on a une interprétation qui sort des tripes autant musicale que vocale. Quand on écoute du Akroma au bout de trois secondes on sait que c’est du Akroma. C’est pas une copie d’un autre truc même si on a des influences. On veut notre empreinte.

Certains passages de l’album sonnent plus Heavy Metal. C’est un genre que vous affectionnez aussi ?

Pierre-Yves : C’est notre background à tous, on a tous commencé avec du Maiden et Matt est très influencé par le rock, le metal progressif et le heavy metal. Il est assez fan de Rush et d’Overkill, des groupes plutôt heavy donc et la composition s’en ressent évidemment.

Un dernier mot pour les lecteurs de Furieux ?

Bob : Vivez votre passion, vivez votre musique, faites ce que vous voulez, emmerdez les autres, ça passe, ça passe pas, tant pis continuez. Faut pas faire de la musique pour vivre mais vivre pour la musique. Et il faut respecter les gens qui vont t’écouter.

Merci à Roger de Replica Promotion et à Matt, Bob et Pierre-Yves de Akroma pour cet échange. Apocalypse est un album ambitieux à écouter sans modération.

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