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Interview Sidilarsen à Paris le 19 avril.

SidilarsenRencontre avec Didou, chanteur de Sidilarsen, au Docteur Feelgood (Paris) le 19 avril à l’occasion de la sortie de leur dernier opus « Dancefloor Bastards ».

Peux-tu raconter aux lecteurs de Furieux les débuts du groupe ?

Avec Viber on est amis depuis toujours. Nos parents étaient amis. On est nés en 76 et on a joué aux petites voitures ensemble. Il y avait un côté peut-être un peu fusionnel dans notre amitié, on était un peu timide et nos parents nous ont poussé à faire du théâtre et on a eu la chance d’avoir une troupe de théâtre dans un petit bled qui était très intéressante et ça a été une révélation parce qu’on a goûté à la scène. Entre 14 et 19 ans, on est allé jouer en Russie avec cette troupe, en Belgique aussi et à cet âge là ça marque beaucoup. Et à 19 ans, fin du lycée, début de la fac, ça faisait un petit moment qu’on écoutait du metal et qu’on adorait des groupes comme Noir Désir, Nirvana, Metallica, Rage Against the Machine, Prodigy plus tard, et ce fantasme de créer un groupe est né mais on n’osait pas franchir le pas parce qu’on n’était pas vraiment bon musiciens. Et puis un jour on l’a franchi et je crois que d’avoir fait du théâtre et d’avoir goûté à la scène, aux rapports humains avec le public, l’adrénaline, tout cet univers, on ne pouvait plus faire autre chose après. Seul mon petit frère était vraiment musicien. Il jouait de la batterie depuis l’âge de 11 ans et était passionné. Quand tu as un bon batteur c’est déjà une bonne partie qui est gagnée. Tu peux avoir un très bon guitariste, si le batteur ne tient pas la route, les gens vont avoir l’impression que même le gratteux est mauvais. Ça devient bancal. La batterie te tire vers le haut.

 Mais vous pensiez que ce « fantasme » vous amènerait jusqu’à un 6e album aujourd’hui en 2016 ?

On avait des rêves quand même. On était naïf, on se disait qu’on allait devenir un grand groupe mais on en rigolait aussi. On rêvait mais on était aussi réalistes et, les années passant, c’est devenu vital et une passion. Plus tu es dedans moins tu as envie de retourner dans un moule plus classique, c’est un choix de vie assez radical.

Les premières critiques de Dancefloor bastards sont vraiment très bonnes. Vous avez l’impression d’une progression sur cet album là ?

Sur cet album on a retrouvé une naïveté qu’on avait un peu perdue je pense et qu’on a retrouvée parce qu’on s’est mis en état d’urgence. C’est à la mode en ce moment, c’est un mauvais jeu de mots mais les événements nous ont énormément bousculés et marqués comme tout le monde, en France particulièrement mais partout. Les grandes mutations d’aujourd’hui, internet, l’incertitude, les grands questionnements, où va l’humanité en ce moment, peut-être vers du positif aussi mais peut-être aussi vers du sombre on ne sait pas trop. Je ne crois pas qu’on ait touché encore le fond avec l’écologie notamment, tellement d’incertitudes. Dans nos vies personnelles aussi, on arrive à la quarantaine, c’est un peu le milieu de la vie d’où le titre « le jour médian ». on a l’impression d’être à un grand tournant au niveau de l’humanité et de manière très égoïste et très personnelle c’est très banal mais les questionnements aussi que tu peux avoir à 40 ans. On peut aussi les voir de manière positive et je crois que c’est ce qui s’est passé en nous mettant en état d ‘urgence, c’est qu’en même temps tu priorises les choses et tu redonnes deux fois plus de sens à ce que tu fais chaque jour. En tout cas, nous ça nous a fait ça.

Vous avez commencé quand la conception de cet album ?

Il y a 6 mois. On a commencé les compos en juin. Il y avait déjà eu les attentats de Charlie et puis la crise des réfugiés qui apparait beaucoup dans nos textes sur cet album avec « Méditerranée damnée » ou « Walls of shame« . Ça nous a beaucoup secoués et après, un hasard a fait qu’on a signé avec Verycords parce qu’on avait envie de retrouver une maison de disques après une phase où on voulait être très indépendants. On l’a fait à fond ça nous a relancés mais on commençait à s’user à tout faire nous mêmes et on a eu de nouveau envie de démarcher et on eu la chance de signer avec Verycords qu’on respecte beaucoup parce qu’ils défendent les groupes à guitares et en France y a pas beaucoup de labels qui font ça et ils nous ont demandé de sortir l’album au printemps même s’il n’y avait pas d’obligation alors qu’on avait visé septembre. On était en création mais on voulait souffler un peu et on a relevé le défi. Des énergies sont apparues. D’être pris par le temps c’était très intéressant. Et on a fait 13 titres au lieu de 10 ou 11 habituellement. 13 morceaux c’est beaucoup de travail dans un temps court. C’était risqué mais on n’arrivait pas à en jeter un alors on a gardé les 13, avec leurs défauts tant pis. Et on a retrouvé une naïveté.

 Tu veux dire que si vous aviez eu 6 mois de plus vous auriez peut-être trop peaufiné l’album ?

C’est ça. En général on est assez perfectionnistes dans la production de nos albums et là il fallait aller droit au but. On a gardé beaucoup de premières prises au chant, aux guitares, on a gardé de l’expressivité. Parfois il y avait des faussetés mais avec une intention alors ne changeait rien. On a donc retrouvé une spontanéité sur cet album.

 Vous l’avez enregistré en combien de temps ?

Deux mois. Un mois d’enregistrement, un mois de mix mais avec des pauses, des jours off pour respirer un peu.

Et la composition ? Musique et paroles ?

Il nous a fallu 6 mois environ.

Qui compose ? C’est collégial ?

Dans notre carrière ça a beaucoup changé. A certaines périodes on compose vraiment ensemble mais c’est extrêmement ambitieux de composer à cinq, c’est presque impossible mais plus les années passent, on se connaît tellement que le risque c’est d’anticiper la réaction de l’autre que l’on connaît par cœur. C’est peu intéressant sur le plan créatif. Ce qui est plus intéressant c’est de se faire confiance c’est qu’un membre du groupe présente une compo et ensuite, si le projet nous plait ça devient toujours du Sidilarsen après être passé par les 5 membres du groupe.

Le choix de mélanger du metal et de l’électro, c’est toujours une évidence pour vous ?

C’est notre identité.

Certains morceaux, comme « Dancefloor bastards », sont pensés à l’avance pour la scène ?

Oui mais au début on privilégie surtout l’excitation et le plaisir de composer mais quand un riff de guitare apparaît, une boucle électro ou des idées de texte ou de chant, assez vite on voit naître un morceau qui va être redoutable en live ou qui sera plus un morceau d’album. En répète on détecte assez vite ce qui va fonctionner en live.

Parle moi un peu du mélange français / anglais dans les textes même si le français reste majoritaire. Certains disent que le français n’est pas une langue taillée pour le rock, tu en penses quoi ?

Pour nous, mélanger les deux s’est fait de manière très spontanée. Je pense qu’en France il y a toujours un vieux complexe qui traîne vis à vis de la musique anglo-saxonne qui a inventé le rock. Il y a aussi beaucoup de clichés dans le milieu des pros et des maisons de disques, les gens influents, les radios, l’inconscient fait qu’on a tendance à dire aux groupes, si vous faites du rock c’est mieux en anglais. C’est un inconscient collectif. Pour nous c’est faux, le rock est universel, à chacun de faire son rock, son metal.

 Vous avez des textes engagés, c’est mieux de les chanter en français pour qu’on puisse les comprendre et hurler les mots en concert ?

Avec Viber c’est pour ça qu’on a fait ce choix, c’est notre langue maternelle et dans l’énergie qu’on veut transmettre, dans ce qu’on veut partager, on ne veut pas de filtre, on a envie que ça soit très direct et que les gens puissent s’approprier les textes, ressentir, partager et c’est clair que le poids des mots en français en live c’est le jour et la nuit. Après même si pour nous le français n’est pas inadapté au rock ça demande plus de travail d’écriture. En anglais tu écris deux trois conneries et ça se met à sonner facilement. Sur les guitares c’est vrai franchement. Sur des grosses guitares il faut bien choisir les mots, certains mots ne sonnent pas bien ou peuvent paraître ridicules. Mais ça demande beaucoup plus de travail d’écrire en français. Parfois tu as un mot qui ne sonne pas et pour en trouver un autre à la place c’est très compliqué mais avec Viber on adore ce défi parce que pour nous ça va plus loin dans l’originalité et dans la sincérité.

Quant à l’anglais, c’est totalement inconscient. Dans toute notre discographie on a aimé introduire d’autres langues comme l’occitan il y a 10 ans sur un morceau indus et un pote qui est venu chanter en arabe il y a 4-5 ans sur un autre album. On avait parlé de mettre de l’espagnol, on ne l’a pas encore fait mais ça se fera peut-être. Là l’anglais est venu naturellement, juste pour des facilités d’écriture et de sonorités au service de la musique, du propos. On ne se pose pas de questions. Il y a peut-être par moment l’envie d’être un peu plus universels parce que la jeunesse se mondialise mais dans le bon sens aussi. Là y a des russes qui nous attendent, on va aller jouer en Russie en novembre et il y a une vraie attente, on l’a pas calculé. Inconsciemment je pense que c’est pour ça qu’il y a un peu d’anglais.

Comment avez-vous eu des contacts pour aller jouer en Russie ?

Ce sera la première fois pour nous et c’est un concours de circonstances. On a tourné en Allemagne et en Roumanie mais la Russie c’est assez compliqué quand même. Notre tourneur connaissait un agent russe et a fait jouer un groupe russe en France  et on a vu qu’il y avait un réseau social en Russie qui s’appelle VK, c’est un peu l’équivalent de Facebook mais sans la publicité, c’est très libre et ça ne partage que de la culture. Le revers c’est qu’en Russie la musique est totalement gratuite, ça n’est pas la peine d’espérer vendre des albums puisque la musique tourne partout sur internet. On s’est aperçu qu’il y avait une page Sidilarsen gérée par une fan russe. On ne savait même pas que ça existait et on a proposé d’officialiser un peu ça, on a fait gagner des disques et ça a pris de l’ampleur et on a vu qu’on avait un public qui nous demandait en Russie. Mais c’est compliqué d’aller jouer là-bas et ça demande un budget conséquent parce que pour aller d’une ville à l’autre il faut prendre l’avion, en train ou en camion ça prendrait 3 jours et on fait 5 dates là-bas. On a eu la chance par cet agent de trouver un groupe russe totalement inconnu en France mais très connu en Russie. C’est pas vraiment du metal mais du gros rock. Eux vont venir en France et ouvrir le concert à Paris au Divan du monde et faire quelques dates dont Toulouse et en échange on va tourner avec eux en Russie dans des salles assez importantes de capacité 1 500. C’est une opportunité car souvent quand tu joues à l’étranger tu repars à zéro et tu galères et là on va jouer devant du monde et c’est intéressant à vivre.

Vous savez comment cette fan russe qui a fait une page sur vous a entendu parler de Sidilarsen ?

Je crois que c’est par un groupe de potes qui sont allés jouer en Russie dont le bassiste est aussi notre backliner/régisseur et ils ont connu cette fille et on peut-être parlé de nous mais je ne suis même pas certain. Internet amène des choses comme ça.

Ce groupe avec lequel vous allez tourner chante en russe ? Sais-tu si c’est un groupe engagé ?

Ce n’est pas très engagé mais on a vérifié qu’il n’y ait pas de discours extrémiste.

L’album sort à la fin du mois. Une tournée est prévue pour en assurer la promo ? Parce que la date parisienne est assez lointaine (11 octobre).

On démarre en mai par une tournée de 10 festivals en France jusqu’à début septembre. On démarre avec un gros festival le 5 mai, le Rolling Saone, qui nous fait jouer sur la grande scène à 22 heures. Ils ont du respect pour Sidi parce qu’on est le plus petit groupe de l’affiche et ils nous mettent un horaire parfait parce qu’ils nous aiment vraiment. On a déjà joué dans ce festival il y a 4 ans et notre tourneur nous a félicités en nous disant que les organisateurs du festival se rappellent de nous sur le plan humain et ils avaient vraiment envie de nous faire jouer à nouveau. Ça fait plaisir quand tu construis un truc dans la durée comme ça.

Vous avez un public qui vous suit depuis longtemps. Comment se manifeste-t-il ? On vous contacte via Facebook par exemple ?

Oui mais il y a aussi le terrain, le live et les gens se tiennent au courant, on a une newsletter qu’on envoie nous–mêmes à des abonnés et on en a plus de 20 000. On a construit ça sur 18 ans, c’est un travail de fourmi. Sur notre stand tu trouveras toujours un vieux cahier à l’ancienne pour noter ton adresse mail si tu veux recevoir des infos. Et les gens viennent y écrire leur adresse après le concert. On a de la chance parce qu’on n’a jamais été à la mode mais jamais has been non plus. C’est une histoire qui s’est construite lentement mais sans trou d’air dans notre carrière, sans moment où ça s’effondre.

Vous êtes passés « pro » à partir de quel album selon toi ?

Dès le premier album il y avait un côté pro. On n’en vivait pas mais il y a eu tout de suite une petite médiatisation parce qu’on a attendu longtemps avant de le sortir. On a démarré en 97 et sorti le premier album en 2003. 6 ans pour peaufiner notre identité, on a fait des démos et on a fait le premier quand on a senti qu’on tenait quelque chose et ça a quand même fait parler. On était en seconde zone par rapport aux têtes d’affiche de l’époque de la scène metal française mais notre nom est quand même apparu et ça nous a aidés et desservis par moments parce que dix ans après des gens disaient en parlant de nouveau qu’on était un groupe de l’époque néo-metal, groupe province de seconde division mais sans avoir vraiment écouté ce qu’on faisait réellement et à quel point notre musique est spécifique et n’appartient pas à une vague. Mais avec le live ça a fini par se savoir et l’évolution a été lente mais constante.

Le but principal pour Sidi c’est la scène ou vous prenez autant de plaisir au travail de composition et d’enregistrement ?

La finalité reste la scène mais le studio est également un très grand plaisir. Surtout sur cet album, on s’est fait tellement plaisir avec le réalisateur, c’est un autre plaisir.

Vous êtes heureux aujourd’hui ?

Oui et on espère rendre heureux le public car il nous rend très heureux.

Un grand merci à Didou pour cet échange ainsi qu’à Roger de Replica Promotion de l’avoir rendu possible.

Cat

 

 

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