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Interview Xavier de Malemort, au Hard Rock café (Paris).

Rencontre avec Xavier, frontman de Malemort, groupe de metal « libre », dont le dernier opus, « Ball Trap », regorge de petites pépites. Un groupe un peu atypique aux multiples influences à voir absolument sur scène.

Peux tu me raconter la rencontre entre les membres du groupe ? Les débuts de Malemort ?

Au départ, sur le premier album, je jouais avec des copains d’enfance. On s’est suivis pendant toute notre vie musicale, on a joué du metal, puis un peu de rock parce qu’on avait envie de respirer un autre air, tout en ayant toujours notre passion metal, on a même fait un peu d’acoustique ensemble et à un moment donné je me suis senti prêt pour revenir au metal. On a fait le premier album et ça a marché plus que ce qu’on avait prévu, avec un retour média important alors que je pensais qu’on allait se faire casser parce qu’on chantait en français. Ça a impliqué plus de dates de concerts et plus d’attente du public qui te juge en concert. Il y avait donc une pression supplémentaire, les concerts étaient plus intenses aussi et mes potes d’enfance m’ont dit « désolés Xavier, c’est excellent ce qui se passe là mais on va déclarer forfait ». On avait déjà entamé la transition, j’étais dans le Val-d’Oise depuis pas longtemps, un département dans lequel il y a beaucoup de bons musiciens et mes potes savaient qui je pouvais prendre pour les remplacer, ils se connaissaient les uns les autres. Ce n’était donc pas du tout un abandon, ça s’est fait très naturellement. J’arrive dans le Val-d’Oise, il y avait je ne sais pas combien de groupes qui jouaient tous mieux les uns que les autres, vraiment une grosse communauté de musiciens. J’ai fait connaissance avec tous ces gens là, on a commencé à essayer des choses. Sébastien, qui joue la batterie sur l’album, a intégré d’abord le groupe comme guitariste et finalement quand le batteur de transition nous a lâchés, comme il est batteur de formation, il a repris la batterie. En fait tous les autres dans le groupe se sont connus au lycée. Dans le 95, les musiciens se connaissent depuis très longtemps. Ils ont intégré progressivement Malemort les uns après les autres. Finalement moi je suis le maître d’œuvre du truc mais les autres se connaissent depuis très longtemps. Et maintenant comme on commence à se faire vieux on recrute des petits jeunes (rires) parce que Seb, le batteur, a profité du départ d’un des guitaristes pour reprendre la guitare qui est quand même son instrument de prédilection. Cédric est un excellent batteur, prof de batterie, mais plus jeune et avec qui on avait déjà fait des trucs, des petites percus en concert. Comme tous les groupes sur le retour, on a un batteur plus jeune que la moyenne. C’est super frais. Ce line-up est parti pour rester comme ça pendant un certain temps parce qu’on est très soudés, on forme une bonne équipe.

L’album, sorti fin 2016, a bénéficié d’excellentes critiques. Pourquoi cette journée de promo 6 mois après sa sortie ?

A l’époque j’ai géré la promo de a à z et là, Season of Mist vient de signer l’album pour le distribuer dans toute la France mais aussi dans d’autres pays d’Europe. Quelque chose se produit et c’était bien de pouvoir en parler, de faire une promo là-dessus, on n’avait pas vu tout le monde. C’est vrai que ça donne un caractère un peu curieux à cette journée mais pas désagréable parce que tous les journalistes qu’on a vus depuis ce matin connaissent l’album, certains sont fans, on discute d’un truc qu’ils ont entendus et réentendus pour beaucoup, la plupart nous ont déjà vus en concert.

Dans une interview à la grosse radio en février 2013, tu disais que le prochain album sortirait d’ici un an et demi. Il en aura fallu le double. Pourquoi ? c’est à cause du changement de line-up ?

Le line-up n’y a pas été pour rien parce qu’effectivement c’est compliqué de trouver des équilibres mais finalement on s’est plutôt bien débrouillés. Déjà c’est pas des changements de line-up dus à des fâcheries, à chaque fois on connaissait déjà les musiciens qu’on allait intégrer, je te dirai que c’est plus parce que le premier album était très studio dans le sens où j’ai quasiment tout enregistré tout seul. Le guitariste solo et le bassiste étaient des amis très proches mais j’ai fait presque toutes les guitares rythmiques, c’étaient mes morceaux à 100 %. Quand l’album est sorti, les gens appréciaient donc le rythme des concerts s’accélérait mais il fallait déjà l’apprivoiser donc il y a eu un temps pour pouvoir proposer quelque chose de beau en concert. Les concerts sont arrivés de plus en plus fréquemment, le fait de commencer à accrocher des premières parties où il fallait assurer pour ne pas être ridicule, continuer à promouvoir le groupe, chercher des dates, ça prend un temps démentiel. A côté évidemment comme tout le monde je travaille et puis j’ai deux filles. C’est de l’ordre de l’inhumain par moment. Le groupe c’est moi qui l’ai pensé, qui le gère et c’est pour ça les quatre ans. Et là tu vois je suis arrivé à la fin d’un cycle. On a fait des efforts démentiels pour cet album là aussi, on a poussé jusqu’au bout et quand la promo est arrivée j’ai eu une espèce de vertige, comme une sorte de mini burn-out, tout qui lâche, tu te dis ça y est mission accomplie mais à quel prix ! j’ai perdu le sommeil. Maintenant qu’on parle un peu de nous, chaque fois qu’on fait un concert il faut que ça soit excellent. Alors peut-être que je me fais trop d’inquiétude là-dessus mais je sais que ça comptait aussi pour moi d’avoir les épaules assez solides pour pas décevoir. Je pense que c’est la psychologie du chanteur. Que tu le veuilles ou non tu es devant les gens et tu es l’incarnation du groupe.

Peux-tu nous parler du processus de la composition ? Paroles et musique.

Je compose toutes les paroles. La musique, sur le premier album c’était moi entièrement, sur le 2e album j’apporte les refrains, les couplets, les intros et je fais beaucoup de travail d’arrangement avec Seb, celui qui était à la batterie et qui est passé à la guitare. C’est un très bon compositeur dans un autre domaine, il fait du metal prog, et un excellent arrangeur, très exigeant aussi et ça a été précieux pour moi de travailler avec lui, il y a même deux instrus de chanson qui sont de lui sur cet album là. Je compose la musique en premier. Si je fais la musique ce n’est pas pour écrire des paroles et si je voulais uniquement écrire des jolis poèmes, je ferais de la poésie, pas de la musique parce que le metal est très très dur avec le français. Écrire en français sur du metal c’est un pari et c’est ultra exigeant. Il y a plein de trucs qui ne passent pas donc si tu veux écrire des beaux textes et pouvoir laisser couler ce que tu as envie de dire ça ne fonctionnera pas une fois que ça sera mis en musique, ça fonctionnerait sur de la folk, sur de la pop mais pas sur du metal. J’ai choisi le metal parce que je suis fan de cette musique, ça a été ma grande révolution personnelle à 14 ans, ce qui ne m’empêche surtout pas d’écouter plein d’autres choses. Mais le fil conducteur c’est l’émotion que j’ai pu ressentir avec le metal que je n’avais pas ressenti avant.

A 14 ans avec quel(s) groupe(s) ?

Tout est arrivé à la fois. C’était le moment où les Guns devenaient tout à coup mondialement connus, on séchait les cours pour aller regarder des vidéos de Guns, au même moment Metallica et Maiden sortaient des supers albums, c’était quand même super excitant cette époque là. J’ai eu envie de savoir ce que ces groupes avaient fait avant et en un an je me suis fait une culture musicale intense dans ce domaine. J’ai commencé à chanter à ce moment là.

Votre style musical peut difficilement être placé dans une catégorie, vous piochez dans le Metal mais aussi dans le Rock, la Pop, le Swing, le Jazz, le punk, thrash, heavy, pourquoi ce choix de mélanger les styles ?

Ce n’est pas du tout pour impressionner. C’est parce que je considère que quand tu fais de la musique c’est pour transmettre des émotions qui sont les tiennes et que ton pourcentage d’émotion lié à la musique est très différent de celui de ton voisin. On a chacun notre équilibre musical personnel. On peut avoir les mêmes influences mais pas avec le même dosage. Je ne me suis pas lancé dans la musique pour honorer la mémoire du thrash metal et ne faire que du thrash, d’autres l’auront toujours mieux fait que moi. L’idée c’est plutôt de te dire « je suis la somme d’un certain nombre d’influences musicales, voyons ce que j’ai à dire ». Et ce mélange là, comme il ne sera pas dosé de la même manière que quelqu’un d’autre, produira forcément quelque chose d’original mais le but ultime et ça je n’en démords pas, c’est la chanson. On n’est pas dans une démonstration, on est dans l’idée de créer une belle chanson. Et ça peut passer par un accord plutôt pop parce qu’à un moment donné ça permet de souligner telle ou telle chose et ça peut groover un peu si ça sert le morceau. Il faut que ça ait du sens. Ce n’est pas de la démonstration. On écrit des chansons et on le fait avec les matériaux qu’on a dans le bide et ce qu’on a dans le bide c’est tout le réceptacle de ce qu’on a écouté, de ce qui nous a plu depuis longtemps et même parfois de ce qui nous a pas plu. Tu te rends compte parfois, en tant que musicien, que les musiques, les trucs qui ne te plaisent pas parfois vont paradoxalement te donner des idées. Tu vas récupérer des astuces d’autres musiques que tu n’aimes pas mais qui, dans un autre cadre, sont intéressantes. Même ce que tu n’aimes pas joue dans ce que tu peux apporter à ta composition.

Vous qualifiez votre musique de « metal libre ». ça signifie que les autres, ceux qui jouent dans un style précis, ne sont pas libres ?

Je crois qu’il y a des groupes qui sont très enfermés. Je ne veux pas donner l’impression d’avoir un jugement sévère pour des choses qui ne me concernent pas mais oui je pense que beaucoup de groupes souffrent, notamment quand ils arrivent à 35-40 ans, ils se connaissent depuis l’âge de 25 ans, ils ont produit des albums pour toucher vachement les gens à 25-30 ans, ils ont changé, leurs influences ont changé, ils n’écoutent pour certains quasiment plus de metal et ils sont obligés de continuer à sortir un album de thrash ou de death tous les deux ans. Et moi c’était ma hantise. Quand je suis revenu dans le metal, je me suis dit que je voulais échapper à ce danger, je voulais que dès le premier album il soit clair que j’ai ma marge de liberté. Et pour ça il faut que l’album soit ouvert. Je sauvegarde ma liberté et celle des musiciens. Quand tu as des musiciens qui savent tout jouer et qui aiment la musique de manière très générale, ils comprennent parfaitement cette démarche. Dans les années 70, les groupes comme Led Zep ou Queen se protégeaient de ça en sortant des albums qui étaient d’une diversité époustouflante. Dans un album de Queen tu as de tout et tu fais un voyage. A côté de Queen notre album c’est du toujours pareil !

L’auto-production c’était un choix ?

Pour le premier album, ce n’était pas du tout un choix mais à moins d’être pistonné, comment veux-tu être sur un label pour un premier album ? Par les temps qui courent c’est encore plus improbable et même un groupe comme nous, qui a réussi à sortir un 2e album et à faire parler un peu de lui, a du mal à trouver un label qui va lui apporter quelque chose. Il y a 20 ans, oui mais aujourd’hui non. Et tout le monde nous le dit.

Ce n’est pas décourageant ?

C’est décourageant dans le sens où on a fait un bel album avec une vraie production, une belle pochette, un très bel enregistrement, mixage, mastering et tout ceci a un coût très conséquent qu’on doit supporter nous. Et encore, nous on arrive à vendre des disques. Avec Season of Mist, quand tout ça sera mis en place, on espère pouvoir rembourser nos frais d’album. On est bien partis pour.

L’artwork de Ball-Trap, sublime, a été réalisé par Nicolas Dubuisson. Peux tu m’en dire un peu plus ? A-t-il été libre de dessiner comme il l’entendait après avoir écouté l’album ou bien lui avez vous donné des directives précises ?

Je ne voulais pas d’un infographiste. Je voulais un dessinateur. Dans les années 70 tu avais des pochettes hallucinantes. Ça coûte plus cher de prendre un artiste qu’un infographiste qui te fait un montage en deux heures mais c’est pas très chaleureux. On connaissait Nicolas Dubuisson par un guitariste qui passait dans Malemort, c’était un ami à lui. Il faisait beaucoup de visuels très gores pour des groupes bien brutaux. Je l’ai contacté en lui disant que techniquement je trouvais qu’il avait une maitrise incontestable, que par contre je lui proposais un pari, que j’avais conscience que c’était pour lui un grand écart mais que je voulais bien le guider si ça l’intéressait. Il doit avoir 25 ans, envie de foncer, il m’a dit « allons-y, moi je suis là pour apprendre, je veux tenter des expériences nouvelles tout le temps ». Je lui ai envoyé des petits éléments par rapport aux années 20 et ça l’a passionné. Il s’est lancé à fond là-dedans et je pense que c’est très bien pour lui parce que ça lui permet de montrer autre chose.

Tu aurais aimé vivre à cette époque là ? Dans les années 20 ?

Je pense que c’est une époque absolument enthousiasmante quand tu étais du bon côté parce qu’il y avait quand même une partie de la population française qui souffrait, c’était les prémices de la crise de 29. Mais oui j’aurais beaucoup aimé vivre cette intensité artistique délirante où tout était quasiment permis. Par contre, beaucoup en sont ressortis bien amochés quand même. Ça a duré quelques années et beaucoup y ont laissé leur peau. On parle beaucoup des artistes des années 70 qui se sont tous assassinés à force de drogues mais y a eu la même hécatombe dans les années 20. Ils prenaient tous des drogues comme des fous

Tu crois que c’est pour cette raison qu’ils avaient cette créativité ? parce qu’ils se droguaient.

Non pas nécessairement. Tu sais c’était une époque où on faisait beaucoup de travail sur l’inconscient, la psychanalyse avait été inventée à la fin du 19e siècle mais au début du 20e ça a pris de plus en plus d’essor avec les problèmes psychologiques des soldats au retour de la première guerre mondiale et je pense que les artistes voulaient savoir ce qu’ils pouvaient ressortir de leur foutue cervelle qui ne sortait pas normalement. Une expérimentation en quelque sorte. C’est vrai que ça crée de grandes œuvres d’art et que ça démolit pas mal de gens aussi.

Le mot de la fin ?

On est très contents de cet album là et je suis même surpris de ne pas en être dégoûté (rires) parce qu’on a travaillé comme des fous dessus, il a 6 mois, on a fait déjà beaucoup de promo et c’est vrai que malgré tout, quand on joue les morceaux, je le vis très bien et je sens qu’ils ont de la tenue de route et c’est une grande satisfaction.

Merci à Xavier ainsi qu’à Roger de Replica Promotion et longue route à Malemort !

 

 

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