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Pour une dernière fois? Dirkschneider à Montréal

Udo Dirkschneider aux Foufounes Électriques à Montréal

Avec Rusted, Mad Parrish et Ashes of Eden

Notre tableau des légendes du metal est bien garni et, sans être complet, il est sans doute non loin d’être achevé. Qu’il s’agisse de Metallica, Iron Maiden, Dio, Motorhead, Ozzy (avec et sans Black Sabbath), Rob Halford (avec et sans Judas Priest), King Diamond (malheureusement seul) et quelques douzaines de plus, votre humble serviteur a vu pratiquement tous les monstres sacrés au moins une fois en spectacle à un moment ou à un autre de son existence. Par contre, l’un de ces phénomènes manquait à sa collection et maintenant ce trophée de chasse est désormais acquis.

C’était notre première (et peut-être la dernière) occasion de voir Udo Dirkschneider en spectacle. Il faut dire qu’au moment où l’Allemand était le frontman de la formation Accept, nous étions adolescent et le groupe n’est pas passé très souvent au Québec. D’autant plus que nous demeurions à plusieurs centaines de kilomètres du centre le plus proche, ce qui limitait considérablement les chances de les attraper en concert. Par la suite, Udo s’est contenté de ne tourner principalement qu’en Europe, minimisant dramatiquement ses incursions en Amérique du Nord.

Rappelons que Dirkschneider a commencé à naviguer seul en 1987 quand il a créé la formation U.D.O. et qu’il a fait paraître l’album Animal House. Il reviendra avec Accept au milieu des années 90’ et pour quelques spectacles dans la première décennie de 2000, mais il restera tout de même toujours indépendant.

Sa tournée actuelle s’intitule Back to the Roots et  c’est simplement sous le nom Dirkschneiner qu’il se produit. Lors de celle-ci, il interprète, pour la dernière fois, les plus grands succès de ses albums avec Accept — seulement ceux qu’il a faits avec le groupe allemand avant 1987. Le chanteur de 64 ans a juré qu’après cette tournée, il allait fermer la page sur ce très long chapitre de sa vie. Il avait l’habitude de toujours faire des chansons d’Accept en tournant avec son groupe U.D.O et en supportant ses propres albums, mais tout cela sera terminé. Exit Accept.

La soirée est absolument frigorifique. -14 degrés Celsius au thermomètre et -25 en temps ressenti. Même si les Foufounnes Életriques n’affichent pas complet — le deuxième étage étant fermé — une foule respectable s’est massée pour acclamer le chanteur allemand.

 

Nous manquons Rusted, le premier groupe de la soirée, mais si l’on se fie à ce que l’on nous dit, leur performance était bonne et leur style à la Aerosmith tout à fait dans le ton.

Les deuxièmes à se présenter sont Mad Parrish. Nous les avions vus plus tôt à l’automne dernier en première partie de Blaze Bayley. Le chanteur est tout aussi loufoque avec son pantalon en lycra qui lui resserre visiblement les testicules. Et cette pression paraît dans son chant. Parfois, il donne l’impression d’être un castrat et sa tonalité excessivement au perché en témoigne à maintes reprises. Nous avons également le plaisir de revoir le bassiste du groupe qui lors du dernier spectacle nous avait semblé limité par la scène, mais au final ce n’est pas du tout le cas! Le bonhomme de très haute stature est toujours en retrait au fond à droite du batteur. Il est planté là et ne bouge pas. Tenant sa grande basse, cachée dans sa barbe et ses cheveux, sans présenter d’émotions notables. C’est très poétique. On dirait un arbre avec des cordes. La performance de Mad Parrish est assez mièvre et le claviériste prend beaucoup trop de place dans le mix. Les chansons ne sont pas mauvaises, mais le tout manque de cohésion et d’énergie.

Une surprise nous attend avant de voir Dirkschneider, car un autre groupe s’est ajouté à l’affiche. Il s’agit de la formation montréalaise Ashes of Eden. Franchement, nous nous serions passés de ce groupe supplémentaire. Cependant, cela aurait été dommage, parce que nous n’aurions pu alors reporter ce qui va suivre…

C’était tout bonnement une calamité abyssale! Le tout était si mauvais que nous ne savons pas exactement par où commencer. Mais à tout Seigneur toute horreur… euh… tout honneur; allons-y avec le chanteur. Dès qu’il se présente on sent immédiatement qu’il y a quelque chose qui cloche. Il dégage quelque chose de pestilentiel; de décalé. Quand il se met à chanter, on ne sait trop quoi en penser. Nous sommes en pleine réflexion alors que soudainement, au milieu d’une strophe, le bougre échappe son micro… Nous avons été témoins de beaucoup de choses dans notre vie de métalleux, mais ça jamais! Non seulement cela, mais au lieu de se précipiter pour reprendre son instrument, il regarde la foule comme un chevreuil les phares d’une voiture sur le point de l’écraser. Cet instant de malaise dur plusieurs longues secondes. Il finit par le saisir et se remet à l’ouvrage. Sa voix est un peu comme celle d’un préadolescent qui muerait. Il chante de 36 façons différentes sans que rien ne colle véritablement.

Il y avait deux maillons faibles à cette chaîne. On souhaite que le batteur ait simplement eu une mauvaise soirée au bureau et qu’en temps normal il ne soit pas si terrible, car sa performance était triste. Il faut dire d’abord que le son n’était vraiment pas bien balancé, la caisse claire prenant presque toute la place. On avait l’impression de se retrouver en plein cauchemar de St. Anger avec Lars Ulrich qui se serait occupé de mixer le son. Mais il n’y a pas que cela. Il est tout bonnement incapable de tenir le tempo et ses roulements sont, à tout le moins, pénibles. Quand le drummer ne parvient pas à lier le tout, il y a de fortes chances que le résultat soit désastreux. Et ce fut le cas. Dommage, car les deux guitaristes et le bassiste sont excellents. Toutefois, même si 3 ingrédients sur 5 sont de qualité supérieure, il ne suffit que d’un seul pourri pour que la recette soit gâchée. Alors, imaginez avec 2…

Ils font une reprise de You Could Be Mine de Guns n’ Roses. Vous aurez deviné que ce n’est pas des plus réussis; bien au contraire. Et curieusement, les guitaristes qui étaient bons jusque là ont beaucoup de difficulté à rendre avec justice la pièce. Pourtant, c’est un morceau simple et ce qu’ils livraient jusqu’à présent était assez compliqué techniquement. Toutefois, le batteur n’aide vraiment pas à ce que les gars puissent jouer dans les temps. On dit que toute bonne chose à une fin. Toute mauvaise aussi… Ils finissent par quitter la scène. Ce fut une quarantaine de minutes pénible à souhait.

C’est avec I’m Just Gigolo (la version de David Lee Roth) qu’on échauffe la foule, suivie d’une intro instrumentale dramatique et les musiciens de Dirkschneider arrivent sur les planches. Ils commencent à jouer les premières notes de Starlight et instantanément on entend le professionnalisme et l’expérience. Comparativement à Ashes of Eden, on a l’impression de passer de la maternelle au postdoctorat. Après les premières mesures de la chanson, Udo fait enfin son apparition. L’homme a un physique particulier, on le dirait tout droit sorti du Seigneur des Anneaux. Petit, bedonnant et arborant un visage aux traits de gnome, mais n’ayant pas du tout l’air ridicule. Le gars en impose et pour ça pas besoin d’avoir une figure de minet, d’être grand et baraqué. Son incroyable présence sur scène est indéniable. Pourtant, Dirkschneider ne bouge pas énormément. Il tape des mains, interpelle la foule et joue du sourcil. Rien à voir avec Bruce Dickinson par exemple. Mais plutôt une façon de faire à la Rob Halford. L’efficacité et la théâtralité dans l’économie du geste.

Le setlist de Dirkschneider est excessivement généreux. Partout où il passe, l’on retrouve le même. Il a d’ailleurs sorti un album live enregistré en Allemagne sur lequel tous les morceaux, dans le même ordre, sont interprétés. On croyait donc ne pas avoir de surprise, car, de plus, la veille dans la ville de Québec, c’est exactement ce qu’il avait fait. Et bien ce ne fut pas le cas. Il a retiré 6 pièces de son setlist. Ne comprenant pas pourquoi il avait fait cela, nous nous sommes informés et c’est à cause de l’autre band qui s’est ajouté à l’affiche… Vous l’aurez deviné, tout ça est la faute de Ashes of Eden! Une trentaine de minutes de spectacle de Dirkschneider amputé en raison de ces amateurs!

Heureusement rien de majeur n’est biffé et Udo livre tout de même une marchandise plus que respectable. L’un des moments forts de la soirée est sans aucun doute lorsque le groupe offre au public Princess of the Dawn. Une version très longue et participative à souhait. Tous les classiques d’Accept du temps d’Udo y passe et nous avons droit entre autres à Restless & Wild, Winners & Loosers, Breaker, Monsterman et London Leather Boys.

Le rappel est constitué de pas moins de 5 morceaux et il débute avec Metal Heart. Dans celle-ci la plus grande place est laissée aux guitaristes. Beaucoup trop d’espace à notre avis. Le lead, avec son torse nu et sa veste de cuir sans manche, s’en donne à coeur joie. Une séance de masturbation publique désagréable au possible.

Lorsque le guitariste est seul en avant-scène et qu’il n’est accompagné d’aucun autre musicien, nous observons quelque chose de particulier. N’ayant pas de support à apporter, le batteur a quitté son poste et, en retrait, il parle avec Udo. Le jeune homme n’est pas très grand et, tout comme Dirkenschneider, il est vêtu d’un pantalon avec motifs de camouflage. Les deux font à peu près la même taille. À ce moment nous nous passons la réflexion qu’on dirait un petit clone. Et bien, nous apprendrons par la suite qu’il s’agit du fils du mythique frontman! Et ce n’est pas une faveur que le père lui fait, car le jeune homme est véritablement excellent.

Heureusement, la démonstration obscène du lead guitariste prend fin et le groupe enchaîne avec I’m a Rebel. Une chanson qui a été fourguée à Accept, car, à la base écrite pour AC/DC et même enregistrée par les Australiens. Toutefois, leur version n’a jamais vu la lumière du jour. Ce n’est pas une pièce très édifiante, mais en spectacle elle est tout de même agréable et efficace.

Udo introduit le prochain morceau en entonnant la ritournelle allemande que tous les fans connaissent très bien : Hi Di! Hi Do! Ah Ah! Hi Di! Hi Do! Ah Ah! Hi Di…! Hi… Do. Hi Di! Ah Ah Ah Ah Ah! Une fois qu’il invite à la foule à déclamer cela 5 ou 6 fois, il n’y a aucune surprise quand Fast as a Shark démarre. Ça déménage et les métalleux se déchaînent. La suivante les fait carrément entrer en extase. Rien de moins que la mythique Ball to Wall. C’est la meilleure, mais pas la dernière. Dirkschneider clôt le tout avec Burning. Finalement, c’est sur My Way en bande-son (la version anglaise de Frank Sinatra de la pièce Comme d’Habitude de Claude François) que la troupe allemande quitte les planches.

Malgré le fait que le setlist fut écourté de plusieurs chansons, nous n’avons absolument rien à reprocher à Udo. Même s’il avait donné une performance la veille à Québec, le bonhomme fut en voix du tout début jusqu’à la toute fin. Et tout était limpide et clair. Le vétéran de 64 ans peut encore donner la leçon à bien des jeunots.

Avec le succès fulgurant que connait la tournée Back to the Roots, est-ce bien la dernière fois que nous voyons Dirkschneider interpréter du Accept? Souhaitons qu’il revienne sur sa parole et que ce ne soit pas le cas!

Steeve Lapointe

Correspondant Montréalais

Photos: Wayne William Archibald

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